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Déconfinement : l’enjeu central de la mobilité des enfants

Le 11 mai, une crise de la mobilité va s’ajouter à la crise sanitaire. Pour éviter le retour massif de la voiture et une pollution accrue, les associations de cyclistes et de piétons se mobilisent activement. Elles proposent des solutions pour alléger les transports collectifs et limiter le recours à l’automobile individuelle. De nombreux aménagements piétonniers et cyclables sont déjà à l’étude mais certaines problématiques se posent encore. Parmi celles-ci, la mobilité des enfants n’est ni la moindre, ni la plus étudiée.

«Et le transport des élèves, on en parle quand ?», questionne l’Association nationale pour les transports éducatifs de l’enseignement public. L’Anateep rappelle qu’un élève sur trois utilise aujourd’hui un transport collectif entre son domicile et l’endroit où il est scolarisé. «Un angle mort» qui représente la bagatelle de 4 millions de scolaires, soit 8 millions de trajets quotidiens. Alors que les inquiétudes se multiplient autour des transports en commun, leur usage par les plus jeunes soulève beaucoup de questions. Mais c’est un problème plus général : les déplacements des plus jeunes intéressent peu de monde.

Ainsi, la part de l’automobile dans les trajets domicile-école n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies. En 30 ans, les trajets à pied des enfants de plus de 6 ans ont diminué de 20%, et ceux en vélo de 60% alerte l’Onaps. L’Observatoire de l’activité physique et sportive estime que 49% des enfants de 3 à 10 ans et 30% des 11-14 ans sont désormais amenés en voiture à l’école par leurs parents.

L’accompagnement des enfants se fait la plupart du temps sur le chemin du travail. Pour que les parents se reportent sur le vélo, il est indispensable que les enfants puissent pédaler avec eux.

Une part des modes actifs particulièrement faibles pour les trajets domicile-école
Enfants de 3 à 10 ans et de 11 à 14 ans scolarisés en fonction du moyen de transport le plus courant

Ce report modal dépend en partie des infrastructures : il faut des pistes sécurisées pour emmener ses enfants. On peut espérer que les aménagements cyclables mis en place pendant la crise sanitaire facilitent grandement cette solution. Mais un certain nombre de freins restent à prendre en compte pour réussir. Pour chacun, des solutions existent, qui dépendront de la mobilisation de la communauté pédagogique mais surtout des institutions.

Quelques solutions pour permettre aux plus jeunes de se déplacer à vélo

Des rues scolaires. Il est impossible d’imaginer que des dizaines d’enfants à vélo arrivent devant un établissement au milieu des voitures. Les rues scolaires permettent de limiter la circulation automobile pendant les horaires d’ouverture des portes, sur le modèle des rues piétonnes (les voitures peuvent être interdites sauf riverains, la vitesse est limitée à l’allure du pas). Elles font partie des recommandations du Cerema parues cette semaine. Elles peuvent faire l’objet d’aménagements durables ou temporaires, avec de simples plots. Ces rues scolaires ou rues aux écoles, déjà répandues en France, répondent aussi aux impératifs de distanciation physique. Elles offrent la possibilité de limiter les attroupements sur les trottoirs et de déborder sur la chaussée lorsque les parents viennent amener ou chercher leurs enfants.

Exemples de circulation limitée à certaines heures

Le stockage des vélos. Il serait ambitieux d’imaginer équiper rapidement toutes les écoles de dizaines d’arceaux. Rappelons toutefois que le dispositif Alvéole permet le financement de parking vélo dans les établissements scolaires. En attendant, il faudra improviser pour garer tous ces vélos en respectant les règles sanitaires. On peut imaginer par exemple qu’un adulte réceptionne et désinfecte les vélos le matin à l’entrée de l’établissement avant de les stocker.

Des cours de vélo. Les établissements devront diviser les classes pour limiter le nombre d’élèves en salle. Le temps libéré pourrait être utilisé pour apprendre à venir en vélo. Le programme Savoir rouler ambitionne justement d’apprendre aux enfants de 8 à 11 ans à se déplacer en autonomie en circulation. Pour les plus jeunes, un apprentissage des fondamentaux (pédaler, tourner, freiner), ou même de la draisienne, leur permettrait de se déplacer accompagnés de leurs parents. Le respect des règles sanitaires devrait faire l’objet d’une attention renforcée mais est tout à fait possible pour l’enseignement du vélo.

Des reconnaissances d’itinéraire. Pour que les plus adolescent·es soient autonomes dans leurs déplacements, il peut être important d’organiser de repérer avec eux leurs trajets. Ce sera l’occasion qu’ils se familiarisent avec les pistes temporaires mises en place. Cela permet aussi de vérifier la connaissance du code de la rue et au besoin de la perfectionner. Des dispositifs similaires avec des familles pourraient aussi se mettre en place pour trouver les trajets adaptés aux plus jeunes et anticiper les difficultés.

La possession d’un vélo. Tous les enfants ne sont pas correctement équipés, surtout en milieu urbain. Des aides à l’achat de vélos pourraient résoudre ces inégalités, en attendant des bourses aux vélos virtuelles. Celles-ci permettront de mettre à disposition les nombreux vélos désormais trop petits qui dorment dans des caves. A noter qu’à Bron, l’atelier La Petite Rustine propose l’opération Mon Vélo pour 10 ans. Elle permet aux enfants d’avoir une monture toujours à leur taille pour un prix modique.

L’entretien des vélos. C’est primordial pour se déplacer en sécurité en circulation. Or, les vélos des enfants sont souvent en mauvais état. Collectivités et établissements pourraient prévoir des sessions massives de diagnostic et réparation pendant les temps scolaires, en sollicitant les réparateurs. Le «chèque-réparation vélo» demandé depuis des années par la Fédération des usagers de la bicyclette est plus que jamais nécessaire.

L’information des élèves et des parents. Changer de mode de transport peut soulever beaucoup de questions, surtout dans les organisations familiales parfois complexes. Ainsi, des temps d’information sur le vélo pour y répondre, à l’intérieur ou devant les établissements, seraient efficaces.

Mise en place de vélobus. Leur objectif est de permettre à des élèves, accompagné·es par des adultes, à faire les trajets en groupe, à partir d’un point proche de leur domicile. Un dispositif qui rappelle les pédibus et fonctionne déjà dans certains endroits comme Mâcon. Les aménagements temporaires et la volonté d’alléger les transports en commun peuvent motiver des parents et des établissements scolaires à en organiser. Cela demande un certain nombre de pré-requis (entretien et maîtrise des vélos, connaissance de la circulation en groupe) qui peuvent être facilement surmontés chez les collégien·nes ou lycéen·nes.

Les associations de cyclistes comme la Maison du Vélo et les professionnels du secteur sont disponibles pour mettre en place ces solutions. Un accompagnement au changement de pratiques est fondamental pour éviter le report vers la voiture. Si cette crise de la mobilité n’est pas surmontée en faveur des modes actifs, la pollution sera catastrophique. Les températures élevées, fréquentes en mai et juin, sont propices aux pics. De nombreuses études pointent aussi le rôle de la pollution dans la pandémie. Pour le déconfinement, plus que jamais, le changement passe par les enfants.

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